A Montpellier, la pub pour les voyages en avion, c’est toujours non !
9 Nov, 2025

Crédit photo : Basile Barjon

Des activistes du collectif Atterrissons d’Urgence – Montpellier et du réseau national Rester sur Terre ont affiché ce message sur des panneaux publicitaires du centre-ville de Montpellier, tout en dialoguant sur ce sujet avec les passants.

À partir du 27 novembre 2025, la ville de Montpellier interdira progressivement les panneaux publicitaires numériques ainsi que les publicités sexistes, et celles promouvant la malbouffe et les alcools forts. Ces décisions sont d’excellentes nouvelles pour la sobriété énergétique et la santé publique. Malheureusement, aucune régulation de la promotion des voyages en avion n’est prévue, alors qu’il s’agit du mode de transport le plus polluant. Quant à la TAM,  acteur revendiqué d’un réseau de transport plus sobre et écologique, elle accepte des revenus publicitaires du secteur de l’aviation, leader des déplacements anti-écologiques et climaticides.

Le 16 octobre dernier, la ville de Montpellier annonçait sa décision de réduire drastiquement la place de la publicité dans l’espace public. À partir du 27 novembre elle interdira, entre autres, tous les panneaux numériques, particulièrement énergivores, au nom de la sobriété énergétique. Bruno Paternot, conseiller municipal soulignait  « C’était le publicitaire qui payait et pas la collectivité mais cette dépense c’est la planète qui la prenait en charge. Maintenant nous l’évitons »[1]

Cette décision de réduire la publicité au nom de la préservation du climat doit être saluée, mais dommage que les élus ne soient pas allés au bout de la démarche. Pourquoi ne pas interdire toute la publicité des produits les plus émetteurs de gaz à effet de serre, comme le préconisait la Convention citoyenne pour le climat en 2020 ? Pourquoi ne pas ainsi interdire les campagnes publicitaires récurrentes de l’aéroport de Montpellier et des compagnies aériennes en faveur d’un usage toujours croissant de l’avion dans les déplacements ? C’est ce que le collectif Atterrissons d’Urgence réclamait déjà en 2024 dans une lettre ouverte à M. Delafosse dans le cadre de la campagne européenne BADVERTISING du réseau Rester sur Terre/Stay Grounded. C’est aussi ce que recommandait en 2024 un rapport conjoint des Inspections générales des finances, de l’environnement et des affaires culturelles : interdire la publicité pour les vols en avion courts et les voyages à haute intensité carbone (Proposition 13)[2]

Le secteur aérien constitue en effet une menace majeure pour le climat. En croissance continue, il est déjà responsable de 15%[3] des émissions de CO2e nationales, et ce au bénéfice d’une minorité de la population. Les voyages en avion représentent ainsi un des symboles les plus criants de l’injustice climatique. Encourager, encore aujourd’hui, à privilégier ce mode de transport est plus que jamais irresponsable.

De son côté, la TAM ne semble toujours pas se préoccuper du contenu des très nombreuses publicités qui s’affichent aux arrêts de tram et de bus. Ces espaces très fréquentés par le public continuent de déverser, sur écrans numériques ou autres, des messages commerciaux incitant à consommer toujours plus de produits néfastes pour le climat. Les compagnies aériennes y figurent en bonne place pour vendre à prix cassé des «rêves» de voyage. Rêves qui participent au cauchemar que l’ensemble de la population risque de vivre avec le changement climatique.

Enfin, pour chaque panneau numérique retiré, la Ville se félicite d’économiser « 7000 kilowattheures par an, ce qui est du même ordre que la consommation annuelle d’un foyer de trois personnes ». C’est bien. Seulement voilà, un Airbus 320 consomme autant d’énergie en moins d’un quart d’heure ! [4] Et, dans le même (sale) quart d’heure, l’avion émet environ 5 tonnes de CO2e.

Alors, que faut-il de plus pour convaincre ? Pour le climat et la sobriété énergétique, la Ville de Montpellier peut, et doit, agir pour bannir dans toutes les rues, et aux arrêts de tram et bus, ces publicités climaticides.

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Crédit photo : Guillaume Poux


Sources :

[1] actu.fr 16 octobre 2025

[2] Contribution et régulation de la publicité pour une consommation plus durable LEPETIT et al, Rapport de l’Inspection générale des finances, l’inspection générale de l’environnement et du développement durable et l’inspection générale des affaires culturelles, décembre 2024)

[3] https://rester-sur-terre.org/aviation-bien-plus-que-2pourcent-du-rechauffement-comment-le-secteur-aerien-minimise-son-impact-climatique/

[4]  Sources des chiffres ci-dessous disponibles à la demande :

Pour les 7000 kWh :

  • Un Airbus A320 consomme au moins 3000 l/h de kérosène, ce qui équivaut à ≈2500 kg/h
  • Le pouvoir calorifique du kérosène = 11,94 kWh/kg
  • 2500 x 11,94 = 29850 kWh (par heure de vol d’un Airbus 320)
  • 29850/7000 = 4,264
  • Un Airbus A320 consomme donc 7000 kWh en 60/4,264 = 14’04″

 

Pour les 5 tonnes :

  • Un Airbus A320 consomme au moins  3000 l/h de kérosène, ce qui équivaut à ≈2500 kg/h, ou 625 kg/quart d’heure
  • 1 kg de kérosène émet 3,16 kg de CO2, donc 625 kg de kérosène émet 625 x 3,16 = 1975 kg de CO2.
  • Pour inclure les effets hors CO2, on multiplie par 2,5 (estimation conservatrice : x 2 ; estimation la plus récente : x 3-4) : 1975 x 2,5 = 4937,5 kg de CO2e.