Rassemblé·es pour faire bouger les lignes de l’aviation, du tourisme et du capitalisme
31 Juil, 2025

Pendant quatre jours, plus de 230 personnes se sont réunies sur trois continents et en ligne pour nouer de nouveaux liens, se renforcer mutuellement et élaborer des stratégies de résistance face à la montée des crises climatiques et sociales. Plus que de simples réunions, il s’agissait de planter les graines d’un mouvement mondial qui va continuer à se développer à partir de Barcelone, Mexico et Bangalore.

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Alors que nous vivons une époque sans équivalent où la dégradation du climat est accélérée par un système accro aux combustibles fossiles, et que les super-riches s’appuient sur une extrême droite de plus en plus puissante pour défendre leur pouvoir et leurs profits, nous nous sommes rassemblé·es pour construire la résistance.

Réunis par notre lutte originelle contre le tout aérien, nous avons invité à nous rejoindre des groupes défendant la justice climatique et le droit au logement, luttant contre le tourisme de masse et toutes les formes d’oppression, ainsi que des universitaires et des scientifiques. La cause première des maux combattus par toutes nos luttes est clairement identifiable : il s’agit du capitalisme. Et la voie à suivre est tout aussi claire : nous ne pourrons gagner que si nous travaillons ensemble pour affronter et démanteler ce système.

Des voix de trois continents

Notre session d’ouverture a mis en lumière cette pluralité de luttes, ainsi que la diversité et la force de notre réseau. À Barcelone, nous avons entendu les récits de Zeroport, du Cercle anti-oppression, de Las Kellys, de la Coalition européenne pour le droit au logement et à la ville et de notre hôte Coopolís/Bloc4. Et nous avons traversé les océans pour recevoir les contributions des groupes de Mexico et de Bangalore, sur les réalités de leurs luttes, reliant nos combats locaux à un front mondial.

Plateformes locales : Mexico et Bangalore

À San Gregorio de Atlapulco, dans la ville de Mexico, une réunion intergénérationnelle lancée par une jeune équipe a permis de relier les luttes contre le tourisme de masse, les impacts de l’aviation et la gentrification. Coordonné avec grand soin par notre réseau régional Permanecer en la Tierra et relié au Congrès national indigène, l’événement a favorisé la création de liens étroits avec les processus anti-COP et les mouvements de résistance à la marchandisation des villes et des territoires. Pour de nombreux·ses participant·es, la conférence a également réaffirmé l’importance d’une position explicitement anticapitaliste au sein du réseau Stay Grounded, jetant les bases d’une collaboration et d’une résistance plus fortes au Mexique.

Dans le même temps, à Bangalore, la conférence a rassemblé des participant·es de tous horizons, des urbanistes et des défenseur·euses de la terre aux organisations soutenant les communautés qui résistent à l’extension de l’aéroport et qui sont confrontées à des expulsions. Dans un pays où l’écologie politique autour de l’aviation se fait encore peu entendre, le rassemblement a créé un espace rare et vital pour sensibiliser, construire des réseaux nationaux et commencer à tracer une feuille de route collective pour des actions futures.

Des sessions diversifiées

Les discussions ont porté sur la définition d’exigences concrètes en matière de réduction du trafic aérien, ainsi que sur les effets néfastes d’ un modèle touristique dépendant de l’avion. La lutte contre les systèmes de domination a été au centre des débats, comme un point d’ancrage nécessaire qui doit être inclus dans chaque partie de notre travail. Ces échanges ont permis d’affiner notre analyse collective et de renforcer nos projets visant à remettre en question le système qui alimente les crises climatiques et sociales.

Ateliers et partage de compétences

Des ateliers pratiques ont invité les participants à explorer la stratégie, les narratifs, la communication, la culture du souci de l’autre, l’artisanat et même un jeu de société collaboratif exposant les mécanismes au cœur de la croissance du trafic aérien. Ces espaces ont jeté un pont entre la créativité et la stratégie, accueillant tout le monde, des organisateur·ices expérimenté·es aux nouveaux·elles venu·es qui exploraient les questions de justice climatique en lien avec l’aérien pour la première fois.

Groupes de travail thématiques : la rencontre de la vision et de l’action

Quatre groupes de travail thématiques se sont penchés à la fois sur l’analyse systémique et sur les modalités pratiques de la construction de mouvement :

    • Aviation, tourisme et logement – Nous avons fait le lien entre l’injustice climatique, le tourisme de masse et la crise du logement, en reconnaissant leurs racines communes dans le capitalisme extractif et néolibéral. La résistance doit être centrée sur les communautés opprimées et s’appuyer sur des mobilisations communes.
    • Lignes rouges pour les aéroports – Seize luttes locales contre des projets aéroportuaires ont participé à élaborer une campagne coordonnée à l’échelle européenne, avec des outils communs, des narratifs et des projets d’action pour 2026.
    • Imaginaires ancrés à la terre – Nous avons réfléchi à un futur sans avions ni tourisme, en collectant des alternatives réelles pour alimenter nos narratifs et la construction des mouvements.
    • Compétences pour les crises – Nous avons renforcé le volet humain de la résistance, en pratiquant la connexion au corps, le travail de consentement et la cartographie des conflits, pour construire des réseaux résilients et bienveillants face à l’urgence climatique.

Ensemble, ces groupes ont jeté les bases d’un mouvement stratégique coordonné, visionnaire et profondément ancré dans la justice climatique.

Culture, souci de l’autre et communauté

Les moments de musique, les repas partagés et l’expression créative nous ont rappelé que la résistance est aussi une question de joie, de connexion et de cultures que nous défendons contre l’extractivisme et l’exploitation. Le souci de l’autre et le sens de la communauté ont été intégrés à chaque partie de la conférence et explorées en profondeur dans des ateliers dédiés, garantissant que nos mouvements ne deviennent pas seulement forts, mais durables.

De la réflexion à l’action

Le temps que nous avons passé ensemble a eu pour point d’orgue une action collective. De Barcelone à Roissy, en passant par Mexico, nous avons tracé avec nos corps et nos voix une ligne rouge contre les extensions aéroportuaires, appelant à l’arrêt immédiat de la croissance du trafic aérien partout dans le monde.

La dernière séance plénière s’est faite l’écho des liens étroits de solidarité mondiale, avec une déclaration forte de la conférence de Mexico qui nous a tous rallié·es à la lutte qui nous attend : démanteler le capitalisme et défendre la vie. Nous avons clôturé la conférence en renouvelant notre engagement à faire bouger les lignes de l’aviation, du tourisme et du capitalisme, ancré·es dans l’attention aux personnes, porté·es par la solidarité et prêt·es à faire décoller la résistance.

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