(Il ne s’agit pas seulement de changement climatique !)
Lorsqu’il est question du comportement douteux de l’industrie aéronautique, vous pensez probablement à sa contribution disproportionnée au réchauffement de la planète (historiquement supérieure à celle de tout le continent africain), et peut-être aussi à la pollution sonore ou à l’exploitation des travailleurs.
Mais les compagnies aériennes ont également une longue tradition de tromperie à l’égard de leurs clients.
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1. Prix trompeurs
Tarification au compte-gouttes et facturation du moindre service complémentaire.
Les compagnies aériennes affichent des tarifs encore plus bas que ce qu’on pourrait penser au vu des subventions massives au secteur et des exonérations fiscales dont il bénéficie, puis les gonflent avec des « suppléments » auxquels on peut difficilement échapper : bagages, choix du siège, paiement par carte bancaire et autres « services ». Les régulateurs ont dû intervenir à plusieurs reprises : la réglementation européenne a notamment empêché Ryanair de facturer 1 euro pour l’utilisation des toilettes, tandis que les régulateurs britanniques ont commencé à interdire les frais cachés obligatoires et que l’Espagne a infligé des amendes aux transporteurs qui facturaient les bagages à main standard.
Il s’agit d’un modèle conçu non pas pour servir les voyageurs, mais pour leur vendre une multitude de suppléments, augmentant les gains financiers à chaque étape, mais sans jamais rien mettre en oeuvre pour réduire l’impact dévastateur du secteur sur le climat.
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2. Surveillance du comportement
Une tarification dynamique dopée par le big data et l’IA israélienne.
Il y a quelques semaines ont été révélées l’étendue de la surveillance des données par les compagnies aériennes et ses graves conséquences. The Lever (un média d’investigation américain) a découvert que les compagnies aériennes utilisent depuis peu un logiciel d’IA d’origine israélienne qui passe au crible de vastes quantités de données personnelles et de prix de la concurrence pour « trouver le prix optimal pour chaque client ». Plus vous êtes perçu comme désespéré, plus le prix proposé sera élevé. Ou, à l’inverse, plus votre vol est inutile, moins il sera cher (les vols à la con, ça vous dit quelque chose ?). Il s’agit d’un processus qui, de l’aveu même du fondateur de l’éditeur de logiciels, pourrait être considéré comme de l’ »exploitation ».
Le nombre croissant de compagnies aériennes utilisant ce système d’IA augmente le risque de collusion entre les compagnies, et d’entente en vue d’augmenter les prix.
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3. Blocage de la comparaison des prix
Moins de transparence signifie des prix plus élevés.
Les compagnies aériennes refusent de communiquer leurs tarifs aux sites de réservation ou ajoutent des suppléments aux agences de voyage, obligeant ainsi les voyageurs à se rendre sur leurs propres sites web. Elles manipulent ainsi le choix et se protègent de la concurrence.
(Pour mémoire, sur ce point, les compagnies ferroviaires à but lucratif sont tout aussi opaques).
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4. Vendre deux fois le même siège
Les compagnies aériennes ne connaissent pas le sens du mot « fini ».
Le surbooking est encore légal dans de nombreux pays. Lorsqu’un trop grand nombre de personnes se présentent à l’enregistrement, certaines sont tout simplement évincées du vol. Une indemnisation est possible dans l’UE et aux États-Unis, mais encore faut-il le savoir pour faire valoir ses droits.
Pour la compagnie aérienne, il s’agit d’optimiser la rentabilité. Pour les personnes concernées, ce sont des vies perturbées et des voyages gâchés.
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5. Retarder et éluder les remboursements
Connaître ses droits – ou perdre son argent.
Lorsqu’un vol est annulé, les passagers ont droit à un remboursement dans la plupart des pays, mais les compagnies aériennes traînent souvent les pieds. Lors de la crise du COVID-19, les compagnies aériennes du monde entier ont retenu des milliards de dollars de remboursements, obligeant les passagers à accepter des bons d’échange ou à passer des mois à courir après leur argent. Rien qu’aux États-Unis, le ministère des transports a contraint les compagnies aériennes à rembourser plus de 3 milliards de dollars depuis 2022, à la suite d’infractions massives.
C’est une pratique commune du secteur aérien : décrocher le maximum de fonds publics et privés aussi longtemps que possible pour alimenter la croissance, sans respect pour les clients, les employés et les communautés.
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6. Monnayer la culpabilité climatique
Compensations carbones surestimées et contributions à l’achat de « CAD ».
A la fin du processus de réservation, les compagnies aériennes demandent souvent aux clients de l’argent pour rendre leur vol durable, soit en payant un montant dérisoire de compensation carbone (souvent inefficaces et impliquant l’accaparement de terres dans le Sud) ou du carburant d’aviation soi-disant « durable » (CAD) (souvent pas si durable que ça, source potentielle d’exploitation, et qui ne pourra pas être développé à une échelle suffisante).
Ces dons transfèrent la charge de la responsabilité à chacun, tout en n’offrant aucune solution réelle et en faisant mine de verdir le bilan écologique des compagnies aériennes, qui font des déclarations fantaisistes sur leur compensation et leur transition vers des carburants soi-disant « durables ».
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7. Des cartels qui se comportent à l’ancienne
La collusion est utilisée pour maximiser les profits aux dépens des consommateurs.
Les compagnies aériennes ne se contentent pas d’être en concurrence, elles sont aussi coupables de collusion. Au milieu des années 2000, British Airways et Virgin Atlantic ont été prises en flagrant délit d’entente sur les suppléments carburant, ce qui leur a valu des amendes de plusieurs millions de livres. À peu près au même moment, les autorités de régulation européennes et américaines ont infligé à plusieurs compagnies aériennes une amende de près de 800 millions d’euros pour avoir mis en place un cartel mondial sur les surtaxes de fret.
Le prix des billets étant déterminé par des algorithmes opaques et des plateformes de partage de données, les régulateurs avertissent que la collusion est devenue plus simple, plus difficile à détecter et plus préjudiciable, faisant que les clients paient des tarifs élevés alors que les émissions continuent de grimper.
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8. La plus grande escroquerie de toutes…
Le mensonge de l' »aviation durable »
Les compagnies aériennes font de la publicité à grand renfort de « carburant d’aviation durable » (CAD) et de vols « neutres en carbone », mais les tribunaux et les autorités de régulation sont de plus en plus nombreux à qualifier ces pratiques de greenwashing. En 2024, un tribunal néerlandais a jugé illégale la campagne « Fly Responsibly » de KLM, estimant que 15 des 19 allégations étaient trompeuses, y compris l’utilisation de l’expression « carburant d’aviation durable ». L’Advertising Standards Authority du Royaume-Uni a également interdit la publicité de Virgin Atlantic affirmant qu’un vol avait utilisé « 100 % de carburant d’aviation durable », et l’Union européenne a ouvert des enquêtes sur 20 compagnies aériennes pour fausses déclarations sur le climat.
Les vols verts n’existent pas. Toutes les fausses promesses de « vols durables » soutiennent un secteur qui détruit le climat et qui devrait décroître, et non pas continuer à croître comme il le fait.
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Le secteur aérien repose sur un modèle économique d’exploitation – de la planète, de ses employés et même de ses clients.
Malgré tout, il s’en tire à bon compte. Alors que les régulateurs ne cessent de taper sur les doigts du secteur pour ses infractions, celui-ci continuera d’être soutenu par des milliards d’euros de subventions et d’exonérations fiscales tant que nous vivrons dans un système économique fondé sur l’exploitation et l’obsession du profit.
Chez Stay Grounded, nous pensons qu’en pointant du doigt les effets destructeurs du transport aérien, nous contribuons à dénoncer l’hypocrisie du système. Qu’il soit victime de sa fragilité intrinsèque ou d’une catastrophe, le système s’effondrera. Notre objectif est que l’atterrissage se fasse en douceur.

