Rapport Décroissance du transport aérien

Rapport

Décroissance du transport aérien

Réduire les voyages en avion de manière équitable

Prendre l’avion est le moyen le plus efficace de mettre la planète en surchauffe. Comment, donc, réduire le transport aérien et son impact climatique de façon équitable ? Le rapport, publié en décembre 2019, répond à un besoin d’approfondissement.

En effet, bien qu’il soit est évident aux yeux des militants pour le climat et pour la société civile que la prétendue « croissance verte » du transport aérien est une illusion et le restera, des mesures claires conduisant à une réduction efficace des impacts environnementaux et sociaux négatifs du trafic aérien ont pourtant fait défaut jusqu’à maintenant.

En juillet 2019, lors de la conférence « Décroissance du transport aérien » à Barcelone, plus de 150 participants, experts et/ou issus de la société civile, ont débattu de ces différentes mesures. Les échanges ayant eu lieu pendant et après cette conférence ont abouti à ce rapport que nous mettons ici à votre disposition. Il a vocation à encourager les actions militantes et les politiques visant à réduire l’impact climatique du transport aérien d’une manière équitable.

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Réduire les émissions du transport aérien = réduire le transport aérien

Le transport aérien est de loin le mode de transport ayant le plus gros impact climatique. On assiste pourtant à une forte croissance du transport aérien, plus rapide que celle de tous les autres secteurs. Face à des critiques de plus en plus nombreuses, l’industrie du transport aérien à affiché son intention de devenir plus « verte ». Mais pour de multiples raisons, il lui est impossible de croître de façon neutre en carbone. Sans décroissance, l’indispensable transformation socio-écologique de la société et de l’économie ne pourra se faire.

L’avion n’est soumis à pratiquement aucune taxe, contrairement aux autres modes de transport. Introduire des mesures fiscales permettrait de contrebalancer les subventions indirectes massives dont bénéficie l’industrie aérienne. C’est une mesure indispensable, mais insuffisante, pour réduire le transport aérien tout en ciblant la minorité riche qui prend le plus l’avion et est responsable de la plus grosse part de l’impact climatique de l’avion.

La taxe « grands voyageurs » (en anglais Frequent flyer levy (FFL)) ou la taxe sur les kilomètres parcourus (en anglais Air miles levy (AML)) visent à limiter l’injustice sociale caractéristique de ce mode de transport, en rendant chaque nouveau vol ou chaque nouveau kilomètre parcouru de plus en plus coûteux. Les recettes obtenues grâce à ces prélèvements peuvent être utilisées pour rendre les mobilités respectueuses du climat plus accessibles à tous, en particulier dans les pays du Sud, en abondant un « fonds de transition équitable » .

Mettre des limites au trafic aérien

Le moyen le plus efficace de réduire le transport aérien est de limiter le nombre de vols. Ceci peut se faire en interdisant les lignes court-courrier pour lesquelles un moyen de transport alternatif est disponible ou peut aisément être mis en place, ou encore en plafonnant le nombre quotidien de départs pour certaines destinations. Définir des limites et poser des interdictions est équitable, car personne ne peut alors s’en dispenser en payant. Les interdictions de certaines lignes commencent à faire l’objet de discussions publiques et pourraient gagner en popularité si l’on en soulignait la dimension d’équité.

Il faut tracer des « lignes rouges » face au extensions d’aéroports, et décréter l’arrêt des nouveaux projets d’infrastructures. Avec le basculement progressif des vols court-courrier vers le rail, les aéroports régionaux (qui sont généralement « arrosés » de subventions publiques) perdront leur raison d’être et seront progressivement fermés.

Favoriser les alternatives

Stimuler le recours aux alternatives à l’avion nécessite d’investir dans un réseau de trains grandes lignes et de cars longue distance. Cela n’implique pas nécessairement des lignes de trains à grande vitesse, qui peuvent avoir leurs inconvénients, mais un nombre plus important de trains (ou cars) de nuit plus confortables et abordables. De plus, des ferrys et bateaux modernisés dans un sens écologique, des systèmes internatinaux intégrés de réservation qui soient à la fois pratiques pour l’usager et couvrent des voyages multi-modaux, avec des correspondances améliorées, et par ailleurs également des systèmes de conférences en ligne, sont autant d’éléments constitutifs d’un modèle d’avenir.

Faire évoluer les politiques de déplacement des institutions et entreprises

Alors que la plupart des mesures envisagées ci-dessus nécessitent une mise en oeuvre au niveau de l’Etat, des institutions telles que les écoles, les universités, les municipalités, ou encore les ONG et les entreprises peuvent d’ores et déjà contribuer à réduire les déplacements en avion (de leurs employés, partenaires ou associés), en modifiant leurs politiques de déplacement.

Beaucoup d’autres mesures pourraient permettre une réduction de l’usage de l’avion, notamment le fait de rendre visible l’impact climatique global du trafic aérien (dans le reporting financier et la communication), rendre obligatoire, dans la publicité, l’information sur l’impact climatique, mener des campagnes de sensibilisation pour changer les comportements de consommation, inciter les investisseurs à vendre leurs actions dans le secteur aérien, interdire les programmes de fidélisation, etc.

En résumé : comment mettre tout cela en musique ?

De nombreuses mesures sont abordées dans ce rapport. Comment peut-on les articuler entre elles ? Que faut-il faire pour les promouvoir efficacement ? Quels sont les acteurs clés ? Si plusieurs d’entre elles sont mises en oeuve de manière combinée, il est nécessaire de prendre en compte les problématiques transversales telles que la justice sociale. Le changement systémique requis pour limiter la crise climatique est difficile mais réalisable étape par étape, si l’on crée une dynamique forte.