Le partenariat du réseau Erasmus Student Network avec Ryanair est anachronique en ce temps de crise climatique
mars 2, 2020

Dans une lettre ouverte, Stay Grounded demande au Erasmus Student Network (ESN) de mettre fin à son partenariat avec la compagnie low cost Ryanair et de signer des accords avec des compagnies ferroviaires.

ESN et Ryanair se sont en effet engagés à faciliter les voyages des étudiants européens en Erasmus. C’est ainsi que depuis septembre 2017, chaque étudiant détenant une carte ESN peut bénéficier de réductions sur les billets Ryanair, de l’enregistrement gratuit des bagages, de promotions hebdomadaires et d’offres personnalisées.

Ryanair est l’un des 10 premiers émetteurs de carbone en Europe

En 2019, Ryanair est devenu « l’un des dix premiers émetteurs de carbone en Europe, une place jusqu’alors réservée aux centrales à charbon » et selon nos informations, près de 25% des aéroports desservis par la compagnie reçoivent des subventions des autorités locales. Le transporteur à bas coût est la deuxième compagnie aérienne d’Europe, avec 153 millions de passagers par an sur plus de 2 400 vols quotidiens au départ de 86 bases, reliant plus de 200 destinations dans 40 pays

Voyager en préservant l’avenir

En mettant fin au « système de rabais et de promotions de Ryanair », ESN enverrait un signal fort à ses 40 000 membres et aux 350 000 étudiants internationaux que l’organisation touche chaque année, tout en soutenant l’Union européenne dans sa lutte contre le changement climatique et en étant cohérent avec son discours plutôt écolo.

Le Erasmus Student Network est la plus grande association d’étudiants en Europe. L’ONG est présente dans plus de 1000 établissements d’enseignement supérieur dans plus de 41 pays.

 

Lettre ouverte au président d’ESN, Kostis Giannidis

Vienne, January 28th, 2020

 

A l’attention de M. Kostis Giannidis, Président du Conseil d’administration international, Réseau des étudiants Erasmus (ESN)

 

Monsieur le Président,

 

Le partenariat d’ESN avec Ryanair est anachronique en ce temps de crise climatique

Au nom du réseau Stay Grounded, nous souhaitons vous faire part de nos préoccupations à propos du partenariat d’ESN avec Ryanair. Alors que l’urgence climatique se fait de plus en plus pressante, nous vous demandons instamment de mettre fin dès que possible à votre partenariat avec cet acteur important de l’aérien, le mode de transport le plus polluant qui soit. Nous vous suggérons de le remplacer par des partenariats avec des compagnies ferroviaires par le biais de programmes du type Interrail et serions heureux de vous aider à les mettre en place.

Je suis l’une des fondatrices du réseau Stay Grounded et l’une de ses permanentes. Stay Grounded représente plus de 150 organisations de tous les continents travaillant ensemble à promouvoir un système de transport juste et respectueux de l’environnement, et à réduire rapidement le nombre de voyages en avion. Notre manifeste a été signé par des centaines de groupes et comprend de grands réseaux tels que les Amis de la Terre.

Ce n’est que récemment que nous avons découvert l’existence de votre partenariat avec Ryanair, si nuisible à l’environnement. L’avion est le mode de transport le plus nuisible pour le climat[i] et représente au moins 2,5 % de toutes les émissions de CO2 liées à l’énergie[ii]. C’est aussi un mode de transport dont ne bénéficie qu’une faible fraction de la population mondiale[iii] et qui repose sur des exonérations fiscales injustifiées[iv]. L’industrie de l’aviation, arc boutée sur une expansion continue est l’une des sources d’émissions de gaz à effet de serre connaissant la croissance la plus rapide. Le risque est grand que ses émissions augmentent sans discontinuer du fait de la croissance de la flotte d’avions et du nombre de passagers. En Europe, ses émissions ont doublé depuis 1990, et si nous ne faisons rien, elles pourraient être multipliées par deux, trois ou même plus d’ici 2050 au niveau mondial. Face à l’effondrement de l’environnement, nous devons agir maintenant avant qu’il ne soit trop tard. Vous trouverez de plus amples informations sur l’impact environnemental de l’aviation et sur les alternatives dans notre rapport publié en décembre dernier.

Simultanément, en 2019, Ryanair est devenu « l’un des dix premiers émetteurs de carbone en Europe, une place jusqu’alors réservée aux centrales à charbon » et, selon nos informations, près de 25 % des aéroports desservis par l’entreprise reçoivent des subventions des autorités locales. Ryanair transporte 153 millions de passagers par an sur plus de 2 400 vols quotidiens ! En mettant fin au « système de rabais et de promotions de Ryanair », ESN enverrait un message fort à ses 40 000 membres et aux 350 000 étudiants internationaux qu’elle touche chaque année, tout en soutenant l’Union européenne dans sa lutte contre le changement climatique[v] et en étant cohérent avec son discours plutôt écolo. Cela aurait également un impact positif énorme pour ESN en termes d’image et serait également entendu par les institutions européennes et les marchés financiers.

Nous ne voulons cependant pas entraver votre formidable travail. C’est pourquoi nous suggérons qu’ESN établisse des partenariats avec les compagnies ferroviaires européennes afin de proposer des réductions et des promotions à ses membres. Voyager en train est non seulement plus respectueux de l’environnement, mais peut également offrir une expérience unique à vos membres ! Si vous êtes intéressé, nous serions heureux de vous mettre en rapport avec des groupes travaillant à promouvoir le train en Europe.

Je vous demande à nouveau d’envisager de mettre un terme au partenariat d’ESN avec Ryanair. Ne vous contentez pas de suivre le mouvement, sortez du lot !
N’hésitez pas à prendre contact avec nous si vous souhaitez approfondir certains points. Nous attendons votre réponse avec impatience.

Avec tout notre respect.

 

Magdalena Heuwieser
Co-fondatrice et coordinatrice internationale
Réseau Stay Grounded

 

[i] Un voyage en avion produit environ 20 fois plus de dioxyde de carbone qu’un voyage en train (par personne et par kilomètre). Certains estiment que cela peut être jusqu’à 56 fois plus. Voir l’infographie ci-jointe.

[ii] Toutefois, ce chiffre ne tient pas compte des effets autres que celui du CO2. Déjà en 1999, le GIEC recommandait d’intégrer ces effets dans le calcul et considérait que l’impact total de l’aviation était de deux à quatre fois plus élevé que celui des seules émissions de CO2. Cela implique que le secteur aérien pourrait à lui seul représenter 10 % de toutes les émissions et donc être l’un des principaux émetteurs !

[iii] Moins de 10 % des citoyens du monde ont déjà pris l’avion. Plus précisément, 70 % des vols au Royaume-Uni sont pris par 15 % de la population, et plus de la moitié du pays n’a pas pris l’avion dans l’année (http://afreeride.org/about/).

[iv] Le secteur occupe une position particulière par rapport aux autres modes de transport : les compagnies aériennes, les aéroports et les fabricants d’avions bénéficient d’avantages fiscaux et de subventions très importantes, qui permettent aux billets d’avion d’être artificiellement très bon marché. En outre, elle bénéficie de nombreux autres privilèges injustifiés, notamment de renflouements en cas de faillite, de la fabrication et de l’achat d’avions, d’aides d’État pour les nouvelles infrastructures aéroportuaires et de crédits à l’exportation, et seul un certain nombre de pays appliquent une TVA sur les billets d’avion ou des taxes sur les passagers, ou encore taxent le kérosène.

[v] Le Parlement européen a déclaré l’état d’urgence climatique l’an dernier (https://www.europarl.europa.eu/news/en/press-room/20191121IPR67110/the-european-parliament-declares-climate-emergency).

Summary of Stay Grounded’s communication with ESN and future steps

After a brief exchange of emails, it was clear that ESN is not willing to halt its partnership with the polluting airline. Regrettably, Stay Grounded is very disappointed and feels now forced to contact ESN’s funders to challenge their relationship with ESN. Moreover, Stay Grounded will also get in touch with Generation Climate Europe, “a platform for youth-led projects tackling climate change and environmental issues in Europe” of which ESN is part of, to let them know about ESN’s practices and urge them to force its member to reconsider its attitude as a means to truly contribute in the fight against climate change.

 

Response by ESN President Kostis Giannidis on 31.01.2020

Dear Magdalena,

First of all, thank you for all the work that you are doing in improving the environment. We have a lot of respect for that and we also thank you for acknowledging our good work. We, of course, agree that climate change is a real problem.

Now, ESN works to promote learning mobility and all the benefits that come with that. This is something that we are very proud of and in order to experience learning mobility, one has to travel. While trains are a good substitute in some cases, in others they are clearly not. Train infrastructures are unfortunately not so developed everywhere in Europe. For many students from Eastern European and Balkan, the train is unfortunately not an option, and even less so is the case for students from Malta, Cyprus and Iceland (all Erasmus Programme Countries). When many international students who already struggle with high costs of their Erasmus exchange get a better price on their flights, that is something which in our opinion carries proper benefits for our ultimate target group: international students. Moreover, the Erasmus+ programme foresees the participation of students coming from low socio-economic backgrounds and travelling by train is not always the most inclusive mean of transportation, from a financial point of view.

Also, the ESN part of the overall flights in Europe are neglectable; only 0,10% of Ryanair’s total bookings during this 3-year period comes from “our” bookings and when adding the other European airlines, the sum becomes almost neglectable. This leads us to wonder why you are addressing a student-volunteer based organisation like ESN and not the big polluting companies and industries.

When it comes to trains and your comment “we would gladly put you in touch with groups that work to promote trains in Europe”, this is not as easy as it seems. Actually, we have had a partnership with Interrail in the past (you can still see the traces of it at https://esncard.org/page/terms-conditions-interraileu-discount). The problem with that is that international students want to travel from point A to B and then back. There is no European-wide train provider that can offer that in the same way as we can do with Ryanair.

This, of course, does not mean that we are not working on the topic of climate and sustainability.  We try to improve the situation where we can, for example:

  • Erasmus Student Network works under 6 main areas, the “causes of ESN”, from which one is Environmental Sustainability. Our local associations are organising activities where they involve international students with the aim of raising awareness about the environment.

  • We are pushing for the 2021 Erasmus Charter (which all universities involved in Erasmus need to sign) to be tougher on sustainable travel and encourage sustainable exchanges.

  • We are working on reducing unnecessary paper waste within Erasmus by, together with the European Commission and universities, developing online tools like Online Learning Agreements and Erasmus Without Paper, which will dramatically reduce the paper use of literally hundreds of thousands of students.

  • Starting this year, we will carbon-offset all the flights that are taken by our Board and staff. In fact, we took this decision just a few days ago.

  • ESN is part of the Generation Climate Europe coalition, in which we try to push for environmentally friendly solutions with other youth organisations.

  • Together with our member organisations, we make sure that they organise, as far as possible, more sustainable events, with more reusable material, less one-off gadgets, etc.

Our Ryanair partnership is currently under negotiation. Currently, we are discussing the next steps in the partnership with Ryanair that will also include a Europe-wide environmental project focused on education and local activities all over Europe.

Best regards,

Kostis Giannidis
President

Response by Stay Grounded on 13.02.2020

Dear Kostis,
Thank you for your transparent reply.
We are very glad that you consider the climate emergency to be a real problem: it is indeed the largest issue that our civilisation has ever faced.
However, for the reasons we set out in detail below, we feel obliged to urge you, once more, to end ESN’s partnership with Ryanair, as this would contribute to withdrawing the social license to operate that companies like Ryanair have and would send a strong signal to the politicians, financial markets and the hundreds of thousands of students that ESN reaches every year.
Moreover, although we welcome your moves to improve the sustainability of ESN’s work, we strongly believe that these are only small steps compared to what is really required if we want to reduce the chances of a climate catastrophe in the next decades. Raising awareness, organising more sustainable events, reducing paper waste are all beautiful and necessary but only small drops in the ocean… Flying is not sustainable and CO2 compensation is not a solution: the latter does not reduce emissions and the offset projects that are mostly based in the Global South in many cases create further problems such as land-grabbing. It is also unjust: To enable a small portion of the world to continue taking more and more flights with a clear environmental conscience, others have to reduce their greenhouse gas emissions. See more in our report « The Illusion of Green Flying »
  • In 2018, only Ryanair (excluding its subsidiaries) produced 9,879,100 tonnes of CO2 (data from the European’s Commission Registry). Since then, their emissions have grown. So, if we make a simple calculation: 10 million tonnes of CO2 (an approximation) x 0,03 / 100 (your total bookings per year during the last 3 years) = 3,000 tonnes of CO2 only through your bookings, which is more than the emissions of Grenada, a country with a population of 112,000 people (source). You may state that this is peanuts, yet it is clearly not negligible! We would be extremely interested to know what proportion of your organisation’s annual carbon emissions this constitutes? Thus, we address you not only because your partnership has an important effect but mostly because you play a crucial role in promoting Ryanair and flying as a normal thing to do in the current times of environmental emergency. With regard to whom we pressure, please be assured that we also put a lot of pressure on the industry itself. Our network carries out a huge range of activities, including supporting local groups in their fight against airport expansion and organising actions at airports, debunking the greenwashing myths of airlines and the aviation industry through, for example, media work against CORSIA and actions at lobbying events, and campaigning for political change to reduce aviation.
  • We are aware that trains are not always the solution, but you could instead recommend experiencing learning mobility more locally (e.g. an Estonian studying in Czech Republic instead of Portugal), making an experience out of the long journey (again, Estonia – Portugal), or encourage others means of transportation (such as a ferry, for example, from Estonia to the Netherlands, then train)? The climate emergency is not something to be taken lightly – flying can pollute up to 50 (source) times more than trains!
  • Obtaining deals with train companies will mean that students can afford to travel by train – this would boost the image of the train as a sexy & modern way of travelling, allowing poorer students to travel too and take part in the Erasmus experience. Could you create a pot for students who come from less privileged backgrounds? These might not be simple tasks but they are – and will be – worthwhile. Fast “solutions” such as flying have immense and devastating repercussions and must be avoided.
  • We welcome your involvement in the Generation Climate Europe coalition. However, we are sure that they would be impressed and inspired by your leadership in stopping collaborating with Ryanair and encouraging sustainable, enjoyable travel.
  • You are negotiating your partnership with Ryanair – now is the moment to take bold action! Be a pioneer, not a follower: drop the partnership and starting creating a world that is liveable – today and for the future generations.
  • We are grateful for your engagement in this discussion which we will also make visible on our webpage. We hope that this frank dialogue will have sparked an internal debate and that you decide in the end to make the right decision.
Best regards, 
Magdalena

Response by Ryanair on 23.02.2020

Dear Magdalena,
Thank you for your clarifications. As I said, we have a lot of respect for your work but we do disagree with you on some of these points. Recommending a student to study in country A instead of country B goes against a lot of what we believe in and we certainly do not think it’s our job to tell the students where they should study. And cooperation with train/bus companies is something we have tried but which is very difficult for a number of reasons.
We understand that climate change is a very big and important topic, but we also believe in promoting learning mobility and, as we said in our first reply, in many cases this can only be done through flying, unfortunately.
Best regards,

Kostis Giannidis
President